28 septembre 2026Décisions

Pourquoi je ne dis jamais qu'un produit est mort

Dans mon portefeuille, "pause" et "mort" ne se ressemblent pas. Voici pourquoi je refuse la deuxième catégorie.

Il y a un mot que je n'utilise jamais pour parler de mes projets : abandonné.

Pas par orgueil. Par précision.

Quand un projet ne reçoit plus d'attention, il entre en pause. C'est une décision active, pas un glissement. La différence n'est pas cosmétique — elle change ce que je fais ensuite.

Ce que "mort" implique qu'on ne peut pas faire

Déclarer un projet mort, c'est fermer le dossier. Ça invite à récupérer les ressources (le domaine, le code, l'énergie mentale) et à recommencer de zéro si l'idée revient.

Or dans la quasi-totalité des cas, ce n'est pas ce qui s'est passé. Le projet n'a pas échoué au sens où la promesse s'est révélée fausse. Il a atteint un seuil — manque de signal, contrainte de temps, priorité concurrente — et il s'est arrêté là.

Ce sont des situations très différentes. Les traiter pareil, c'est perdre de l'information.

Ce qu'une pause conserve

Un projet en pause a une base de code qui tourne, un domaine qui répond, une STORY.md qui documente les décisions prises et les hypothèses non encore testées. Quand je reviens dessus — dans six semaines ou dans six mois — je sais exactement où j'en étais et pourquoi.

C'est ça la vraie valeur : ne pas avoir à reconstruire le contexte. Le travail de documentation fait pendant la phase active devient un actif, pas un coût.

Clippeak, par exemple, est une landing interactive qui simule un service de clipping Twitch. Le moteur réel n'existe pas encore. Est-ce que c'est mort ? Non. C'est une validation de promesse en attente du bon moment pour passer à la construction. La base est là. Les apprentissages aussi.

L'arbitrage honnête

Il y a quand même un risque dans cette approche : se raconter des histoires. Accumuler des projets "en pause" qui ne reprennent jamais, et appeler ça de la stratégie.

La façon dont je garde ça honnête : chaque projet a un état explicite dans ce que j'appelle mon Sassify OS — pas un signal émotionnel, une décision datée. Pause depuis quand, pour quelle raison, avec quel prochain déclencheur. Si le déclencheur ne vient pas, la pause dure. C'est acceptable. Ce qui ne l'est pas, c'est l'ambiguïté permanente.

Pourquoi ça compte dans un portefeuille de SaaS

Construire plusieurs produits en parallèle sur le temps libre d'un CDI, c'est accepter que l'attention soit une ressource rare et non linéaire. Certaines semaines, un seul projet reçoit toute l'énergie disponible. Les autres attendent.

Si chaque période sans commit était une mort, je n'aurais plus rien debout.

La logique d'un portefeuille, c'est précisément ça : des produits à des stades différents, qui n'ont pas tous besoin de la même attention au même moment. Certains sont en acquisition active, d'autres en collecte de données, d'autres en attente d'un signal. Aucun n'est mort tant que la promesse n'a pas été infirmée.

Ce n'est pas du déni. C'est de la gestion.